Expositions et installations de Chris Marker

Les expositions relatives au travail de Chris Marker sont de deux ordres: d'une part les installations vidéos et d'autre part les photographies.
Le site le plus intéressant à ce jour listant en particulier les expositions de Chris Marker n'est autre que celui d'un de ses principaux exposants, à savoir la Peter Blum Gallery de New York.

Ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas à proprement parler les "expositions", mais bien plutôt le contenu de ces expositions, à savoir les installations et les séries de photographies, auxquelles on ajoutera les oeuvres des mondes virtuels.
Enfin, un certain nombre de photographies et d'installations sont en vente sur le site de la Peter Blum Gallery.

Installations vidéo

1978 - Quand le siècle a pris forme: guerre et révolution

Commande réalisée pour le Centre Georges Pompidou de Paris, à l'occasion de l'exposition Paris-Berlin, 1900-1933: rapport et contrastes France Allemagne, tenue du 12 juillet au 6 novembre 1978, cette installation consiste en une diffusion vidéo de 15 minutes sur un mur multi-écrans, ces derniers étant désynchronisés de 2 minutes par groupe.

Malheureusement achevée trop tard, cette installation n'a pu être intégrée aux catalogues de l'exposition et même si le Centre Georges Pompidou conserve un dossier de production relativement dense, qui comprend les différents documents administratifs, contrats et droits pour les extraits de films utilisés par Marker etc., il n'a conservé en revanche aucune image ou reproduction de l'installation in situ. Ce qui est regretable, car aujourd'hui personne n'est à même de dire précisément comment était cette installation.

Ainsi, malgré nos recherches et l'aide précieuse de nos "amis", aucune image de cette installation n'a malheureusement été retrouvée. Seules les archives de Chris Marker déposées à la Cinémathèque française (mais dont l'inventaire ne sera pas achevé au moins avant 2018) sont susceptibles de conserver une trace visuelle de Quand le siècle a pris forme. Patience donc!

Cependant, notons qu'à l'occasion de la rétrospective "Planète Marker" qui s'est tenue en automne 2013 au Centre Pompidou, Christine van Assche a retrouvé un un schéma non signé de l'installation (ci, à gauche), conservé dans les archives du Centre. Certains amis et spécialistes de l'oeuvre de Marker émettent toutefois quelques réserves quant à ce schéma, interprétant différemment les mêmes documents. Seules des personnes ayant vu cette installation à l'époque de l'exposition Paris / Berlin seraient donc en mesure de trancher.

En effet, cette installation multimédia a été co-réalisée avec l'informaticien de l'image François Helt, développeur de programmes graphiques sur Apple II dès les années 70, qui permit à Marker de découvrir les possibilités techniques de cette machine que Marker, dès lors, exploitera dans de très nombreux films et projets artistiques. François Helt se souvient de ses rencontres avec Marker, à l'occasion s'un séminaire intitulé "La passion du développement", qui s'est tenu le mardi 10 janvier 2012 à l'Institut National d'Histoire de l'Art (début 08:41) et précise son rôle, qui consista à colorisé les images de films d'archives des années 1900-1930, sur un Spectron. Le goût de Marker pour l'informatique et la programmation ne se démentira pas. Il se lancera dans l'aventure "Dialector" dont on ne sait, aujourd'hui, encore que peu de choses, si ce n'est qu'il s'agit d'un programme informatique interactif "inachevé", dont Thoma Vuille, alias M. Chat, nous offre un essai dans sa vidéo.
Pour revenir à l'installation Quand le siècle à pris forme, les extraits de films d'archives ont été sélectionnés avec soin dans trois archives cinématographiques distinctes, dont celles de Gaumont Pathé Archives (voir pdf, ci-dessous), source que l'on peut encore préciser en consultant leur site web.

A la suite du décès de Marker, le Centre Geogres Pompidou a pris l'initiative de présenter la vidéo de Quand le siècle a pris forme comme un film à part entière, visionnable dans l'hommage du Centre du 18 mars 2013, consultable ici: "Chris Marker. De Quand le siècle a pris forme à Gorgomancy" (début: 22'27 min.). C'est à la fois une grande chance, car il s'agit d'une des plus belles créations de l'artiste, mais c'est aussi un problème, car cette vidéo était destinée à être visionnée sur plusieurs écrans simultanément et de manière désynchronisée.

Cartel développé - Centre Georges Pompidou (Christine Van Assche)
Quand le Siècle a pris formes (Guerre et Révolution), 1978
Chris Marker,
en association avec François Helt
musique de Hanns Eisler
Projection vidéo d'après installation multimédia
Edition 1/1 (Copie d'exposition)
Bande vidéo U Matic, couleur, son, 15 min.
Collection Centre Pompidou, MNAM, Service Nouveaux Médias, AM 1989-728.
Quand le Siècle a pris formes est un montage d'évènements des premières trente années du XXe siècle, des «repères sensibles», selon les écrits de Marker, traités délibérément dans le langage du cinéma d'alors (actualités, ciné-œil, cinéma muet, documents et éléments de films de fiction). Des films issus des archives de la Première Guerre, les révolutions allemandes et russes, ainsi que l'après-guerre, défilent entrecoupés de textes.
Les séquences sont colorisées plan par plan par un synthétiseur, le Spectron, et connotent le pays auquel elles se réfèrent: brun pour l'Allemagne, rouge pour la Russie, bleu claire derrière la ligne de front en France. L'ensemble est rythmé par une musique « d'époque » de Hanns Eisler.
Intitulée originellement Guerre et Révolution, l'installation a été produite et présentée pour la première fois dans la grande exposition pluridisciplinaire Paris – Berlin organisée au Centre Pompidou en 1978. Configurée à l'époque pour douze téléviseurs, disposés en quatre rangées superposés de trois postes, la bande vidéo y a été diffusé avec un décalage de trois secondes tous les deux moniteurs, créant ainsi «un dédoublement du rythme et de la perception».
Il ne s'agit pas tant d'une «leçon d'histoire» mais «d'isoler les éléments qui font de la fin de la Première Guerre Mondiale et de l'époque révolutionnaire le répertoire de presque tout ce qui a modifié la vision contemporaine du monde».

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1990-1994 - Zapping Zone: Proposals for an Imaginary Television

zapping zone chris marker centre georges pompidou

Créée pour l'exposition Passages de l'image tenue du 19 septembre 1990 au 13 janvier 1991 au Centre Georges Pompidou à Paris, il s'agit en fait d'une oeuvre évolutive puisque Chris Marker y travaille jusqu'en 1994, en ajoutant ou modifiant des vidéos (voir section "Filmographie").
Intitulée à l'origine Logiciel/Catacombes, Zapping Zone est l'installation la plus importante et volumineuse par la forme. Elle est composée de 13 moniteurs vidéos couleur, 7 programmes sur disquettes informatiques, 20 photographies noir et blanc et couleur, 4 planches de 80 diapositives et 1 maneki neko. Elle préfigure d'une certaine manière le cédérom Immemory​.

Dans sa description pour le catalogue de l'exposition, Raymond Bellour l'a définie avec justesse:

"Zapping Zone est une supérette, un mini BHV savamment désorganisé, où chacun peut sinon tout trouver selon ses besoins, au moins voir s'afficher quelques-uns de ses désirs."

Cette installation a été restaurée sous l'égide d'Etienne Sandrin et est encore régulièrement exposée dans différents musées et centres d'art de par le monde.

Cartel développé - Centre Georges Pompidou (Christine Van Assche)
Zapping Zone (Proposals for an Imaginary Television), 1990 - 1994
Installation multimédia
Edition 1/1 (Copie d'exposition)
13 moniteurs, 13 bandes vidéo, couleur, son (fr.), 7 ordinateurs, 7 programmes su disquette informatique, 20 photographies noir et blanc et couleur, 4 planches de 80 diapositives, 1 Maneki Neko.
Production et Collection Centre Pompidou, MNAM, Service Nouveaux Médias (Christine Van Assche) , AM 1990-160. (en cours de restauration)
Cette installation multimédia, composée d'une vingtaine d'écrans et d'un ensemble de photographies, occupe cette «Zone» où les modalités d'images et les sources se rencontrent: photo, cinéma, vidéo, banc-titre, animations, sons, et où le spectateur est invité à zapper d'un écran à l'autre, d'une image à une autre, à passer d'un souvenir à un autre.
Chris Marker propose aussi des passages entre des thèmes et des sujets qui font partie de sa mythologie personnelle: ses villes privilégiées (Berlin, San Francisco, Tokyo), ses amis artistes (Christo, Matta, Tarkovski), ses animaux favoris (chat, chouette, élephant), des extraits de ses films (Sans Soleil, Le Joli Mai, L'Héritage de la chouette … ), des détournements de télévision (Détour Ceaucescu ….), des photographies de ses voyages ou des collages.
Zapping Zone (Proposals for an Imaginary Television) a été conçue pour l'exposition «Passages de l'image» au Centre Pompidou en 1990. Selon le titre, Marker propose ici au Musée un ensemble «hérissé dans tous les sens» d'œuvres audiovisuelles et informatiques ne trouvant pas leur place sur les chaînes de télévision. Le concept de «zone» est tiré entre autres du célèbre film Stalker d'Andreï Tarkovski. Marker écrira à propos de cette installation: […] «Ceux, dont je suis, qui pratiquent l'informatique naïve comme il y a des peintres naïfs, se contenteront de montrer des images, et quand leur naïveté aura parcouru plusieurs chemins (photos, collages, calligrammes, films, avant d'arriver à l'ordinateur), ils se risqueront à montrer quelques stations de leur itinéraire».

Bibliographie

  • * Jean-Michel FRODON, "Le Miroir aux images", Le Monde, n° n/a (24 septembre 1990), p. n/a
  • * François JONQUET, "Beaubourg, Zapping Zone", Le Quotidien, n/a (25 septembre 1990), p. n/a
  • * Thierry JOUSSE, "Au pays des hybrides", Cahiers du cinéma, n° 435 (septembre 1990), p. n/a
  • * Raymond BELLOUR, "Eloge en si mineur (Zapping Zone, 1990), dans Raymond BELLOUR, C. DAVID, C. van ASSCHE, Passage de l'image, Paris: Editions du Centre G. Pompidou, 1990, p. 169-171; traduction en anglais, dans BELLOUR, Catherine DAVID, Catherine van ASSCHE, Passage de l'image, Barcelone: Fundacio Caixa de Pensions, 1991, p. 190-194; traduction en allemand, dans Birgit KAMPER et Thomas TODE (dir.), Chris Marker, Filmessayist, Munich: Institut Français / CICIM, 1997, p. 129-134
  • * Jean-François CHEVRIER, Catherine DAVID, "Actualité de l'image", dans Raymond BELLOUR, C. DAVID, C. van ASSCHE, Passage de l'image, Paris: Editions du Centre G. Pompidou, 1990, p. 17-33; traduction en anglais, dans BELLOUR, Catherine DAVID, Catherine van ASSCHE, Passage de l'image, Barcelone: Fundacio Caixa de Pensions, 1991, p. 26-47
  • * Christine van ASSCHE, "De l'apport du vidéographique", dans Raymond BELLOUR, C. DAVID, C. van ASSCHE, Passage de l'image, Paris: Editions du Centre G. Pompidou, 1990, p. 71-76; traduction en anglais, dans BELLOUR, Catherine DAVID, Catherine van ASSCHE, Passage de l'image, Barcelone: Fundacio Caixa de Pensions, 1991, p. 96-101
  • * Christine van ASSCHE, "Zapping Zone. Proposals for an imaginary Television), 1990-1992", dans Christine van ASSCHE, Vidéo et après. La collection vidéo du Musée National d'Art Moderne, Paris: Centre G. Pompidou - Carré, 1992, p. n/a; traduction en allemand, dans Birgit KAMPER et Thomas TODE (dir.), Chris Marker, Filmessayist, Munich: Institut Français / CICIM, 1997, p. 308-309

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1995 - Silent Movie

silent movie chris marker

Conçue et exposée pour la première fois au Wexner Center for the Arts de Columbus (Ohio), du 26 janvier au 9 avril 1995, en hommage aux cent ans du cinéma, Silent Movie est une installation vidéo multi-écrans.
Elle se compose de 5 moniteurs empilés et complétés d'un système informatique, permettant la diffusion simultanément des vidéos à des vitesses variables. Les images diffusées sont un mélange d'extraits de film et d'images-portraits de Catherine Belkhodja, protagoniste principale de Level 5, un film de Chris Marker qui sortira en 1996. Elles sont regroupées suivant 5 thématiques (une par moniteur), à savoir, de haut en bas: The Journey, The Face, Captions, The Gesture, The Waltz. Catherine Belkodja, alors compagne et égérie de Marker est la seule actrice vivante intégrée à cet ensemble d'extraits de films.
L'installation est complétée d'une exposition de 10 affiches de cinéma fictives et de 18 photos extraites des films, ainsi que d'une bande sonore montée par Michel Krasna (alias Chris Marker) et diffusée sur des disques laser de 20 minutes.
Un catalogue détaillé a été édité par le Wexner Center (voir la section "bibliographie").

Bibliographie

  • * Michel CIMENT, "Un jour à New York", Positif, n° 417 (novembre 1995), p. n/a
  • Sherri GELDIN, "Forward and Acknowledgments", dans La Petite illustration cinématographique: Chris Marker, Silent Movie, Columbus (Ohio): Wexner Center for the Arts), 1995, p. 5-7
  • Bill HORRIGAN, "Another Likeness", dans La Petite illustration cinématographique: Chris Marker, Silent Movie, Columbus (Ohio): Wexner Center for the Arts), 1995, p. 9-13
  • * Mikkel AALAND, "Chris Marker and the Frontier of Memory", Digital Creattivity, n° n/a (mars 1996), p. n/a
  • * E. L., "La Mémoire confiée au hasard", Libération, n° n/a (11 août 1997), p. n/a

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1997 - Immemory (One)

Immemory, c'est l'autobiographie de Chris Marker.
Produit par le Centre Georges Pompidou, le Musée National d'Art Moderne, le Service nouveaux media et Les Films de l'Astrophore, à Paris, Nosferatu, à Helsinki, et le Centre pour l'image contemporaine de Saint-Gervais, à Genève, ce projet est au départ un cédérom, qui consiste en un immense assemblage de fragments (images, textes et son), que l'utilisateur peut parcourir à sa guise, recréant autant d'histoires (ou biographies) que de parcours.
Comme il le faisait dire par un des protagonistes de Sans Soleil: "la matière électronique est la seule qui puisse traiter le sentiment, la mémoire et l'imagination", mais plus encore c'est dans une interview au journal Libération que Chris Marker s'explique le mieux sur son choix d'un cédérom: "Non seulement le multimédia est un langage entièrement nouveau, mais c'est LE langage que j'attendais depuis que je suis né."
Dans son entretien accordé à Jean-Baptiste Para, à l'occasion de "Planète Marker", Florence Delay (la voix off de Sans soleil) rappelle que "L'Invention du fils de Leoprepes de Jacques Roubaud avait aidé Marker dans la conception et l'élaboration de son CD-Rom"1, tout comme ce dernier l'avait précisé en note de son texte introductif à Immemory.  
A l'occasion de sa sortie, le Centre Georges Pompidou en a profité pour proposer une "installation" composée de 3 ordinateurs Macintosh, d'un disque dur externe avec l'application Immemory et d'un chat mural peint (Guillaume-en-Egypte).
Christine van Assche nous a confirmé par ailleurs, qu'il y avait, au départ, l'idée de réaliser une série de Immemory, d'où le nom originel de Immemory One. Mais les neuf années qu'ont nécessité la réalisation du premier volet, ont eu raison des autres Immemory, et on entraîné la suppression du "One" que l'on trouve dans les documents d'époque. A cela s'ajoute, également l'avènement d'internet qui donna un coup de grâce au support cédérom.

Cartel développé - Centre Georges Pompidou (Christine Van Assche)
Immemory One, 1997
Chris Marker
Installation multimédia
Edition 1/1 - 1 disque dur 34 Mo, 3 ordinateurs Macintosh, chat papier plastifié, couleur, son (fr. et angl.)
Production Centre Pompidou/MNAM (Christine Van Assche), Les Films du Jeudi (Laurence Braunberger) et les Films de l'Astrophore (Françoise Widhoff).
Collection Centre Pompidou, MNAM, Service Nouveaux Médias. AM 1997-253.
Chris Marker a conçu Immemory d'abord comme un CD-Rom, ensuite comme une installation interactive, à partir de son patrimoine musical, textuel, photographique. «Mon hypothèse de travail était que toute mémoire un peu longue est plus structurée qu'il ne semble. Que des photos prises apparemment par hasard, des cartes postales choisies selon l'humeur du moment, à partir d'une certaine quantité commencent à dessiner un itinéraire, à cartographier le pays imaginaire qui s'étend au-dedans de nous».
Plusieurs années de travail ont permis de créer la structure composée de huit zones principales (cinéma, photo, guerre, poésie, mémoire, voyage, musée, X-Plugs), elles-mêmes décomposées en zones secondaires, le tout veillé par son célèbre chat Guillaume. Pour l'auteur, ce projet n'a cependant jamais constitué une autobiographie : «Je me suis autorisé toutes les dérives, mais quitte à étudier le fonctionnement de la mémoire, autant se servir de celle qu'on a toujours sur soi». […] Mais mon vœu le plus cher est qu'il y ait ici assez de codes familiers (la photo de voyage, l'album de famille, l'animal-fétiche) pour qu'insensiblement le lecteur-visiteur substitue ses images aux miennes, ses souvenirs aux miens, et que mon Immémoire ait servi de tremplin à la sienne pour son propre pèlerinage dans le Temps Retrouvé».

Un projet Roseware: collective work in progress never ending CD-Rom attenant a été développé en 1998-1999 par Laurence Rassel, en collaboration avec les Ateliers des jeunes cinéastes, à Bruxelles, avec l'accord et la complicité de Chris Marker. Il s'agissait de reprendre l'ossature d'Immemory, vidée de tout contenu, et de l'offrir au public pour que ce dernier puisse la remplir avec ses propres documents, et ceci en parallèle de l'exposition de l'oeuvre de Marker. Une idée germée dans Sans soleil: "Enfin, je descendais dans la cave où mon copain le maniaque s'active devant ses graffiti électroniques. Au fond, son langage me touche parce qu'il s'adresse à cette part de nous qui s'obstine à dessiner des profils sur les murs des prisons. Une craie à suivre les contours de ce qui n'est pas, ou plus, ou pas encore. Une écriture dont chacun se servira pour composer sa propre liste des choses qui font battre le coeur, pour l'offrir, ou pour l'effacer. A ce moment-là, la poésie sera faite par tous, et il y aura des émeus dans la Zone."
Outre la possibilité de mieux comprendre l'approche de l'artiste, ce projet avait pour but de former le public au monde digital et au multimédia.

Au début du XXe siècle, Laurence Rasel accordera une interview au sujet de Roseware, à l'occasion d'une exposition au Museum for Contemporary Arts d'Anvers. 
"There is not much documentation left of Roseware, there is only this little text on the website of Constant. So I would first like to ask to tell a bit about the background of the project, how did it come to live and what was the initial intention?
In 1997 Dirk De Wit (who was the founder of Constant) produced a programme called "Selected Memories". It was built up around the video installation Silent Movie by Chris Marker. The main issue and theme of this project was "memories" and how memories where made up of sounds and images. This also was one of the themes of Chris Markers film Sunless (Sans Soleil). At this occasion Chris Marker came to Brussels and this was when we first met. Then, in 1998, I was working with Dirk De Wit and Constant on the festival Verbindingen/Jonctions. The idea was to have a programme with Chris Markers’ Silent Movie, the installation Zapping Zone, and the presentation of his CD-rom Immemory. Imemmory is like Silent Movie, or like Zapping Zone in a way. In all of these projects Chris Marker proposed a travel into his memory using sounds, images and texts. You would go through snapshots and sounds that he collected and you would encounter countries, regions and concepts. The booklet that accompanied Immemory explained that Chris Marker wanted that everybody would recognize enough signs or posts so that they could make there own memory of images and sounds. And he had the same thoughts on Sunless and Silent Movie, hoping that the new media would be a tool for every one to make art. I took a few of these quotes out of Sunless, Silent Movie and Immemory and I said to Chris Marker: “Why don’t we do this? Why don’t we give the tools to the people to make their own sounds, images and texts and so on.”
At that time there was a lot of art done around this idea that internet and new media could allow the link between image text and sound and that one could create an emotion, a moment by using hypertext and links. The new technologies seemed to make it possible to create artificially an emotion, a feeling. This was the reason why it made me impossible to show Chris Marker as a work of art, art understood as a closed system, because it’s starting point was that it could be done by everyone. Every one is potentially in the possibility of creating something of his or her memory. So I started working on this with Chris Marker because the technique was there and he was the one who wanted to do this in the first place as became clear out of the texts explaining his works. From the beginning the idea with the cd-rom Immemory was that you could have an empty cd-rom that people could fill themselves. For Roseware we wanted to start from an empty structure and what we did was to create this empty structure with hyperstudio which was the software available at the time. It was like an empty book and people could fill it in themselves using this very easy software. In the museum we had Zapping Zone, we had Immemory and just nearby there was Roseware in a room with a computer, a camera, a slide projector, a digital camera… People could draw, could create images. In a way we created what could be the studio, not of Chris Marker, but of someone who was creating this type of work, with this type of software and this type of tools.

The most places where Roseware took place where a museum which from the beginning is a more static context where most people come to look at art and not to engage with art. Since it was largely a cd-rom project that was trying to stimulate people to produce themselves and to create their own memory, then why choose the museum? How did you manage to fit this project in into the museum? And why? Was it a deliberate choice that you made at that time?
There are different things. I got this same question from people from Spain and they told me that for them this was typical of the nineties. I don’t know. But anyway there was this possibility in the museum. Before they already showed video installations, but suddenly there was a new art form made on computers. It happened that the computer was installed into the museum, but this was not what we wanted to do, just to display a cd-rom so that people could click on it and then just go away.
The museum was not really a deliberate choice. At the time, constant was guest-curator inside the Palais for Fine Arts (Bozar). We could go in and perform the work we wanted to do. This has always been a starting point for Constant, we didn’t want to have our own space, but we wanted to invade other spaces and at that specific moment in time it was a museum.
Roseware in the first place was a gesture which was time and context based. It was not an installation, it was a conceptual work. It was not meant to become an object, it was to be an act under the circumstances at that time. There was the artist Chris Marker working with past and present memories in images, sounds and texts, there was the public and there was Constant. We wanted to transform the museum from a place where the spectator is just a passer by to a place where the spectator could become a participant. Because most of the time people are just walking through the museum as like they are walking through a park and the idea was to stop them and say: the technique allows you to understand from the inside what it is to make this piece of art. For me it was not the same as a painting workshop for children in a museum. For some it was the same, but not for me, because there was this technology in between. So the idea was to be in the museum and to accompany this retrospective of Chris Marker. There was Zapping Zone, Immemory, the film programme and Roseware. We used the same set up in Barcelona and Sevilla. Roseware was not meant to be alone because it would loose the whole context if it was not linked to a historical view of the work of Chris Marker.
Since Roseware was a gesture, a concept and not so much a product, we wanted to keep it very basic. We used the furniture that was available in the museum, not furniture from a famous designer but just the stuff that we could find in the basement. We would go inside the museum to install and explain the project and then we would go away. The idea was that someone, an art student or graphic designer, anyone who had the need for money and the need to learn this technique would teach the people how to use it. It was part of the process of making the museum look like a working space. It was interesting to see that the first people to participate, to give a piece of their memory, where the guards, the producers, the curators, the people from inside the museum.

Did it work? Could you achieve what you wanted to do? Where you able to show people, here are the new technologies you can use them to link up images and sounds which will make you able to refer to some sort of memory or immemory and that this is possible inside a museum.
Oh yes, it really worked, it was a success. But there where a few things that disappointed me. People didn’t really made a link between themselves and Chris Marker, they where more interested in themselves. We also proposed them to be linked with other persons inside the project, but no way, this didn’t work. People where also disappointed that they didn’t have an object in the end, something to take home with them. The second problem was that we where not that good at technique also.
I’m not regretting the disappearance of the thing but I’m really surprised that 6 years later everybody is asking me about the project. For me it was really important, but it was not meant to last.

How about archiving, or not archiving a project like this? There is not really an archive, only the boxes, or the things that happened at that time. So there was this first idea not to create an object but to create a context, but was it also intended to make something that not lasted in the first place? There does not seem to be an intention or a will to keep anything.
There was not one specific reason, I don’t want to give the impression that we thought everything out. There where different reasons. It was saved on Jazz not on cd-rom. The idea was to use jazz so that we could create sorts of notebooks which would be filled and used forever. But jazz happened to disappear quite fast.
I realised that when the museum was in contact with us there was a misunderstanding. This happened more often with new media. It was not an installation, it was meant to create an open space in the museum. People wanted to have Roseware, but it was all process, not object. We could have tried to keep it all on line but in the end we couldn’t have done this because the software we used, hyperstudio, was something to use on cd-rom. To put everything on line afterwards who have meant really huge programming work. We wanted to know about the memories of the people at that moment, we where not occupied with keeping everything in an archive, it was not the next step to go on line. This also has to be seen in light of the history of Constant. It was one of our first gestures, as Constant, as a group of people, coming from art. With no idea about technique and new technologies.

You already emphasised the role of technology that was available at that time. In what way is "new media art" dependent of the new technologies? Do you think this type of art will always use the new possibilities of certain technologies available at a certain time. Or, do you think it is possible to go back? Not with the exact same tools, but in a sense use the same kind of technologies.
I don’t know what is "new". We where coming from the art world, using Macintosh and we didn’t think of using something else. You know Constant is involved in the developing of open and free software. We are now working on a form of free distribution. Verbindingen/Jonctions 9 will be on the code itself, and on the language, the onthology of the code. But Open Source and Free Software are as old as hyperstudio. For us it is not a question of new, but to go deeper inside the understanding of the tools, and this was the first layer. For Roseware we would use the software available at that time, but now we would say: Ok but is it not possible to do the same in Open Source? We would go deeper into the issue of production, and so on. We would ask questions on the copyright of the stuff. For instance I don’t know what was happening to Zapping Zone because it contained a small television. What happened with the copy right on the found footage? But at that time we where just learning how to work with basic tools, together with the public.
What was interesting about new technology was not that is was new. The difference with fine arts like painting and so on is that they are not that interrelated with politics or economy. You build your own frame, you make your own painting. But to use technology always is a political act. Every step can be different and can be influenced by the politics and economics. New for me would be the product of new circumstances, new laws, new patents, or creative commons coming to Belgium. Or what has happened in the last Belgian or European elections. You could ask why an artist should care, but I think this is really important. New is about contemporary questions and technique.

Do you think the museum has a role to play in these political and commercial questions?
Yes, I think it does. For instance the question of Open Source is very important for the way you deal with your archive. If you archive something in a format that you will never be able to open again then you make a mistake. This is our concern and this should be the concern of the museum too.
But Roseware was really basic, it was really something from a fan. I was a fan of Chris Marker and did fanwork? People critiqued this because it was pure admiration, but I have no regret.
It was not that much about new technologies, it was about working in the space of the museum, it was about being ourselves in that space. What happened in the Fondation Antonio Tapies is that people entered and thought it looked so real. There was the book library, there where the computers but why did it look real? Because it was used and we where working directly in the space. Should the public have acces to work in the space of the museum? Yes, I think they do.

Note
1 Jean-Baptiste Para, "Chris Marker. Le Rêve des fuseaux horaires réconciliés. Entretien avec Florence Delay", Europe, n° 1014 (octobre 2013), p. 322

Bibliographie

  • * Raymond BELLOUR, "Le livre à venir: les "bricolages" de Chris Marker", Le Monde, n° n/a (15 décembre 1994), p. n/a; "Le siècle du cinéma", Le Monde, n° n/a (janvier 1995), p. n/a; traduction en allemand, dans Birgit KAMPER et Thomas TODE (dir.), Chris Marker, Filmessayist, Munich: Institut Français / CICIM, 1997, p. 331-333
  • * Jean-Michel FRODON, "Voyage avec le chat Guillaume", Le Monde, n° n/a (04 juillet 1997), p. n/a
  • * Thierry JOUSSE, "Trois vidéos et un CD-ROM autour de Chris Marker", Cahiers du cinéma, n° 515 (juillet 1997), p. 6
  • * Paul SZTULMAN, "Chris Marker", dans Kurzführer (guide) Dokumenta X, [Ostfildern-Ruit]: Cantz, 1997, p. 142-143
  • Annick RIVOIRE, "Tranche d'immémoire. ​Un périple lumineux entre souvenir et oubli: Immemory, le CD-Rom du cinéaste Chris Marker, achevé depuis plus d'un an, est enfin mis en vente.", Libération, n° n/a (08 janvier 1999), p. n/a

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2005 - Owls at Noon Prelude : The Hollow Men

Cette installation a été créée pour la Yoshiko and Akio Morita Gallery, dédiée aux Films et Médias, du Musée d'Art Modern de New York (MoMA), et ainsi exposée du 27 avril au 13 juin 2005.
Composée de 8 moniteurs alignés et d'un CD-Rom tournant en boucle d'une durée de 19 minutes, le sujet est inspiré par le poème The Hollow Men (Les hommes creux) écrit en 1925 par T. S. Elliot, et reflétant la dévastation engendrée par la Première Guerre mondiale en Europe. Dans Owls at Noon..., Marker "mélange ses méditations sur le poème avec des images de soldats blessés et des visages de mater dolorossa."
6 exemplaires supplémentaires de cette installation ont été créés, vendus par la Peter Blum Gallery de New York.
Un catalogue a été édité à l'occasion de l'exposition de Brisbane, en Australie (voir section "Bibliographie").


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2007 - Inner Time of Television

Cette installation est le fruit d'une collaboration entre Chris Marker et les Otolith Group. Elle est réalisée dans un premier pour la Bienale d'Athènes, en 2007, puis est reprise en 2010. L'installation fait l'objet également d'un catalogue intitulé Inner Time of Television, dont il existe au moins deux versions: une de 2007 et un de 2010. Bien que les contenus semblent être les mêmes, la pagination différe, celle de 2007 étant même erronée. On y trouve un texte introductif de Costa Gavras ("13 Greek words"); puis un texte de présentation rédigé par les Otolith Group ("A Brief Meditation on the 13 Legacies of Athene Noctua"); puis viennent un texte mixte en 13 tableaux, à savoir, en romain, "Scenes from 13 Scripts for Strix Butleri and Strix Aluco" de Chris Marker et en italique, "13 Abastracts for Athene Brama, Tyto Alba, Otus Bakkamoena, Aegolius Acadicus, Ninox Jacquinoti, Ptilopsis Leucotis, Bubo Virginianus, Strix Nebulosa, Jubula Lettii, Pulsatrix Perspicillata, Lophostrix Cristata, Surnia Ulula and Aslo Flammeus" des Otolith Group. Le catalogue s'achève par un liste sélective d'expositions et les biographies.

Sur leur site web, les Otolith Group expliquent que la collaboration visait "à reconfigurer la mini série de Chris Marker réalisée en 1989", sur les Grecs modernes par rapport aux Grecs antiques, à la suite d'une commande de la Fondation Onassis. Aussi écrivent-ils: "All thirteen episodes of The Owl's Legacy are given simultaneous spatial presence within the gallery, allowing the opportunity to take in the series as a whole, as well as to view the programmes individually. Inner Time of Television thereby displaces the serial logic of the television documentary and suggests that the context for an encounter with moving-image work that defies the conventions of television making has largely shifted to the forum of art." Les 13 postes catodiques de rediffusion se voient associés des livres d'artistes.
Pour informatio, il faut dire également que la série fut le fruit d'un procès entre la Fondation Onassis et Chris Marker, car la Fondation commanditaire n'acceptait un passage où un des interviewés expliquait que la Grèce d'aujourd'hui n'avait plus rien à voir avec la Grèce antique. Marker, à juste titre, tenu bon et refusa de couper le dit passage, si bien que la diffusion de cette remarquable série fut bloquée jusqu'à cette installation des Otolith Group.

Séries de photographies


"Théodore était un homme moderne. Il avait voulu être cinéaste, écrivain, pianiste, motocycliste, technicien, journaliste, non par dilettantisme, mais par morale. Car la modernité du monde, c'était qu'il était immense. L'immensité du monde - idée nouvelle en Europe - poussait à des tentations infinies. Le monde était si grand que le terme "mondial s'était substitué au mot "universel" qui en exprimait, jadis, la réalité. Le drame d'un jeune homme bien né, c'était d'être de son temps, la seule noblesse acceptable, la contemporanéité; la difficulté, de savoir comment l'exprimer, puisqu'il n'existait plus, à cause de la multiplicité des choses, un seul canal, une forme unique. Et il pensait ainsi, non pas à cause de sa morale géographique, mais en vertu de la situation qui plaçait Paris et la France dans une province reculée de l'Histoire. L'actuel, selon lui, se passait toujours ailleurs. Et comme il fallait aligner les prétentions sur la réalité, après ses pérégrinations dans les métiers divers, il en revenait toujours à la photographie, parce qu'il faut commencer par se taire et que, seul, l'oeil est organe du silence. Mais, en même temps qu'il se faisait modeste, il éclatait. C'était sa prise sur le monde qui éclatait: il y avait tant d'aspérités, de bouts par lesquels on pouvait le prendre. Il avait voulu être pianiste, motocycliste, technicien, journaliste, puis avait pesé l'activité centrale, celle de voir, en mettant sur l'autre plateau de la balance, tantôt le cinéma, tantôt la peinture, tantôt la photographie. Mais seule la photo, avec son mutisme, avait établi l'équilibre. Avec la photographie, il n'y avait pas de dette, de reste, de recoin où la poussière de la subjectivité puisse s'entasser, mûrir et pourrir. Avec la photo, il se sentait en équilibre avec le monde: il n'y mettait que ce qu'il en prenait. C'était à l'Histoire, au grand Je collectif de faire la synthèse. Ce n'était plus son affaire; il était presque tranquille.
Alors, quand l'inquiétude le reprenait, quand il se demandait s'il avait raison, il recommançait son pèlerinage aux sources. Il vendait ses appareils: il s'achetait une moto... Sur les étagères, sur la cheminée, il y avait des trophées. Il avait traversé la France pour des concours de moto-cross, quelques courses gagnées, dont les triomphes, détachés de leur socle, gisaient dans les coin comme des plantes dépotées.
Puis, il avait abandonné pour le piano. Car, ce qui le troublait était de savoir laquelle, parmi toutes ces occupations, était la plus active. Par l'action, on rattrappe le retard; ce retard sur l'Histoire qu'il ressentait douloureusement comme le péché capital de sa génération. Mais, en fin de compte, il revenait toujours à la photographie, parce qu'il y trouvait un approfondissement, une stérilisation de ses inquiétudes. Avec la photographie, parce qu'elle est aussi une activité technique, parce que développer un cliché, le cadrer, le gommer, est partie prenante de la création, les illusions sont impossibles; si on ne possède pas la loi de l'action par la technique, on en domine au moins le fonctionnement."
Natache Michel, Ici commence, Paris: Gallimard, 1973, p. 99-100

2004 - La Jetée : ciné-roman

Cette série de photographies numériques a été conçue dans le cadre de l'exposition collective Hard Light qui s'est tenue au P.S. 1 Contemporary Art Center du MoMA de New York, du 27 juin au 27 septembre 2004 et qui regroupait les oeuvres de 9 artistes travaillant sur le processus de construction narrative, avec un attachement particulier aux qualités de la lumière, en particulier la "lumière dure" qui contribue au développement du récit par fragmentation ou rupture, avec des ombres clairement définie.
L'oeuvre de Marker présentée ici consiste en la numérisation en haute-définition de chacune des pages d'un bloc-notes dans lequel Marker a décrit et esquissé les grandes lignes de ce qui allait être La Jetée (1962).
L'idée était que ces pages servent de fenêtre sur la construction d'un des récits les plus célèbres du cinéma exploratoires, un film d'anticipation à la structure innovante, devenu culte.

2006-2009 - Galerie de Sandor Krasna, sur Flickr

De mars 2006 à mai 2009, Chris Marker crée une galerie sur le site web Flickr (www.flickr.com/photos/89096975@N00). Inscrit depuis mars 2005, sous le pseudo de Sandor Krasna (cf. Sans soleil), il donne le profil suivant:

  • Ville d'origine: Kolozsvar [Roumanie]
  • Actuellement: Berkeley, USA
  • Je suis: un homme et célibataire
  • Profession: caméraman

Quant aux photographies, ce sont en tout pas moins de 83 clichés qui sont ainsi offerts au public, en libre accès. Ces photos, en noir et blanc, ont pour sujets des manifestations du 1er mai ou des actions à Paris contre la politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy. Un certain nombre est retouché par l'entremise d'un logiciel informatique qui servira également pour la série Passengers (2011).
Plusieurs de ces photos ont été éditées dans Bill Horrigan, "The Revenge of the Eye: a portfolio for Artforum", Artforum, n° 44/10 (été 2006), p. 310-315. Trois photographies non mises en ligne sur Flickr sont reproduites dans cet article. Elles servent également de prélude à l'exposition de photographies de Chris Marker, Starring Back, composée pour le Wexner Center for the Arts de Colombus (Ohio), dans les murs duquel la série a été exposée pour la première fois du 12 mai au 12 août 2007.

2007 - The Revenge of the Eye

D'après l'article de Bill Horrigan paru dans Artforum, n° 44/10 (été), p. 313, il est dit à la fin du texte que The Revenge of the Eye sera exposée au Wexner Center for the Arts de Columbus (Ohio), du 27 janvier au 15 avril 2007. Il s'agit d'une série de photographies prises par Chris Marker pendant les manifestations à Paris au printemps 2007.
Il s'agit, en fait, de la première version de Staring Back, dont une partie a été mise sur Flickr, dans la galerie de Sandor Krasna (voir ci-dessus).

2007 - Staring Back

Cette série a été composée pour le Wexner Center for the Arts de Colombus (Ohio), dans les murs duquel elle a été exposée pour la première fois du 12 mai au 12 août 2007.
Elle consiste en un regroupement de 200 photographies noir et blanc sélectionnées par Chris Marker dans ses archives de 1952 à 2006. Elle forme un ensemble hétérogène et disparate, mais qui permet de voyager dans le temps à travers les différentes oeuvres et expéditions de l'auteur autour du globe. Composée pour l'essentiel de portraits (au sens large) qui sont autant de témoins des évènements politiques qui occupent une place prépondérante dans cette série.
Un catalogue a été publié à cette occasion, reproduisant les photographies, accompagné d'un commentaire sommaire (voir la section "bibliographie").
Staring Back est depuis régulièrement exposée de part le monde, dans son intégralité ou de façon fragmentaire.

2009 - Quelle heure est-elle?

Deuxième collaboration avec la Peter Blum Gallery, "Quelle heure est-elle?" a été exposée du 16 mai au 31 juillet (prolongée jusqu'au 19 septembre) 2009.
Elle est composée de trois séries différentes de photographies: Koreans, Crush-Art et Quelle heure est-elle?, mélangeant en fait photographies, posters de films, cartes postales et deux installations vidéo, puisés dans les archives de Chris Marker de 1957 à 2009.
Koreans regroupent 51 images prises durant le voyage de Marker en Corée du Nord qui offre un regard non censuré sur l'état de la situation et la vie dans ce pays dévasté, quatre ans après la guerre. Pour l'essentiel, ce sont les photographies de l'ouvrage Coréennes, mais retouchées par Marker, suivant un principe qu'il appliquera à l'ensemble de ses oeuvres photographiques à venir et qui n'est pas sans rappeler le dialogue de ​Sans soleil​: "Mon ami Hayao Yamaneko a trouvé une solution: si les images du présent ne changent pas, changer les images du passé... Il m'a montré les bagarres des Sixties traitées par son synthétiseur. Des images moins menteuses, dit-il avec la conviction des fanatiques, que celles que tu vois à la télévision. Au moins elles se donnent pour ce qu'elles sont, des images, pas la forme transportable et compacte d'une réalité déjà inaccessible. Hayao appelle le monde de sa machine: la Zone - en hommage à Tarkovski."
Crush-Art consiste en une série de photos de magazine représentant des portraits de femmes qui ont été chiffonnés avant d'être scannés. Le résultat final obtenu est une série de portraits de fantômes froissés qui défie notre compréhension du temps et de la beauté.

Enfin, ​Quelle heure est-elle? est un projet, alors en cours, de portraits de femmes saisies dans le métro à leur insu grâce à la caméra cachée d'une montre bracelet, entre 2004 et 2008. On en retrouve les germes dans Le Dépays, dans lequel Marker décrit le plaisir qu'il a à photographier les gens dans le métro japonais, en particulier les dormeurs. Le cédérom Immemory propose d'ailleurs une version numérique du Dépays qui comprend un plus grand nombre de photographie de japonais(es) dormant dans le métro, dont peut-être cette mystérieuse femme qu'il a photographié ainsi à l'envie, dormant, mais dont il se refusait de diffuser les images par respect, dit-il.
Par ailleurs, en 2008, Marler réalisera un diaporama de photographies en noir et blanc prises dans le métro parisien. Intitulé Metrotopia, ce court métrage de 4'12 est visionnable sur Youtube, sous le pseudonyme de Kosinki.
Au final, ce projet aboutira à travers l'exposition Passengers montée à la Peter Blum Gallery en 2011. Un projet qui, contrairement à tous les projets photographiques antérieurs, sera en couleur.

2011 - Passengers

[Sur cette exposition, voir le texte dans l'onglet Passengers, lié à cette page]

Toute dernière exposition en date de Chris Marker proposée par la Peter Blum Gallery de New York, du 2 avril au 4 juin 2011.
Il s'agit du développement du 3ème volet du projet précédent "Quelle heure est-elle?" présenté à la dite galerie, lui même prolongement d'une idée apparaissant dans Le Dépays (1982), voire brièvement énoncée dans Si j'avais quatre dromadaire (1966).
Cette série comporte plus de 200 photographies en couleur, prises par Chris Marker de 2008 à 2010 dans le métro parisien à partir de divers appareils photos dissimulés ou caméras.
Un catalogue complet est édité par la galerie, avec des préfaces de Chris Marker et de Peter Blum.
A noter que Passengers, Coréennes, Qu'elle heure est-elle?, ainsi que Silent Movie, L'Ouvroir sur Second Life et La Jetée ont été présentés aux Rencontres d'Arles 2011.
Et dans un format réduit, Passengers a été exposée du 24 novembre 2011 au 22 janvier 2012 au Centre de la Photographie, Genève, dans le cadre du projet Spirales. Fragments d'une mémoire collective. Autour de Chris Marker.

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Photoramas de Kosinki

Sur Youtube, Chris Marker propose depuis 2007 une chaîne, sous le pseudonyme de Kosinki.
Il y présente ses dernières créations "filmiques" qui sont en réalité des "photoramas" d'images personnelles et plus récemment, d'images de presse.

  • Leila Attacks sur la mésaventure de Guillaume-en-Egypte et d'une petite rate
  • Pictures at an Exhibition, fragment de L'Ouvroir - le film, série de tableaux revisités
  • Guillaume Movie (2008) sur Guillaume-en-Egypte, alias dessiné de Chris Marker
  • The Morning after (2008) sur le lendemain de l'élection d'Obama
  • Metrotopia (2008) sur les gens dans le métro parisien
  • Tempo risoluto (2011) sur les soulèvements du monde arabe
  • Royal Polka (2011) sur le mariage du prince William et de Kate
  • Overnight (2011) sur les émeutes de Londres
  • Imagine (2011) sur "l'affaire DSK"
  • Kino (2011) sur l'histoire du cinéma
  • iDead (2011) sur la mort de Steve Jobs, co-fondateur d'Apple

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Musée virtuel sur Internet

2008 - L'Ouvroir

Du 12 mars au 29 juin 2008, le Museum für Gestaltung de Zurich proposait une exposition autour de Chris Marker, intitulé Abscheid von Kino/A Farewell to Movies, titre hommage au livre A Farewell to Arms (1929) d'Hemingway.
Cette exposition comprenait les "oeuvres" Starring Back, Silent Movie, Owls at Noon..., ainsi qu'un certain nombre de projections proposées au Filmforum. Mais le point novateur de ce projet a été la création sur Second Life d'un monde virtuel: l'archipel de l'Ouvroir.
Il s'agit, en réalité, d'un monde bâti autour d'un musée sphérique de trois étages, dans lequel on retrouve les oeuvres de Chris Marker et d'autres bricolages dont le maître a le secret.
Construit par l'architecte viennois et ami de Marker, Max Moswitzer, cet espace se voulait évolutif. Il comprend également une salle de projection et d'autres inventions de Max, dont "Little WhiteNoise", un cube de récupération des "déchets" de Second Life, ainsi que le bar "La Jetée", copie du bar homonyme de Tokyo réalisé par Balthasar Truffaut.
Ce monde virtuel a été décrit à travers un film, L'Ouvroir - le film, d'une durée légèrement inférieure à 30 min. Un fragment de ce film, Pictures at en Exhibition, d'environ 9 minutes, consiste en une visite virtuelle d'un musée imaginaire aux chef-d'oeuvres revisités par Chris Marker.
A la suite du décès de Chris Marker, mais surtout pour des raisons d'un manque de liberté et de coûts non compatible avec l'esprit opensource, l'archipel s'est endormi à son tour dans un profond sommeil.

silent movie chris marker
immemory chris marker
owls at noon prelude the hollow men chris marker
la jetee cine-roman chris marker
staring back chris marker
artforum chris marker revenge of the eye
passengers chris marker peter blum gallery
abschied vom kino chris marker zurich